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Adhérent de la FNATH , section du Pays Chaunois, a gagné en faute inexcusable...

14/12/2017 11:09 par Jean PERROT

Joël Hermant est sous oxygène 24 h/24. Il utilise au quotidien un déambulateur ou un fauteuil de bureau sur roulettes et se fait aider par sa fille.
Joël Hermant est sous oxygène 24 h/24. Il utilise au quotidien un déambulateur ou un fauteuil de bureau sur roulettes et se fait aider par sa fille.

C’est un combat de huit ans qui vient d’aboutir. L’issue est arrivée exactement le 8 août dernier. Mais touché par un malaise et les complications d’une déficience respiratoire et d’une infection pulmonaire qui l’ont obligé à rester deux mois à l’hôpital, il n’a pas pu savourer pleinement cette victoire.

«  Ça me soulage un peu qu’ils [NLMK] soient davantage responsables. Ils auraient pu l’être bien avant. Si seulement ils avaient écouté un peu les ouvriers  », commente désormais Joël.

« L’imputabilité de la maladie ne peut être remise en cause »

Début août, le tribunal des affaires de la sécurité sociale de Saint-Quentin a reconnu que «  la maladie professionnelle déclarée le 12 mars 2009 par Monsieur Joël Hermant est due à la faute inexcusable de la société anonyme Beautor SA, devenue société anonyme Duferco Coating, devenue société anonyme NLMK Coating  ».

Plus en avant dans le jugement, il est démontré que le Beautorois «  a été exposé à l’inhalation de poussières d’amiante […] dans des locaux des Aciéries et laminoirs de Beautor […] de sorte que l’imputabilité de la maladie ne peut être remise en cause  ».

Rentré en 1969, quand il y avait encore les fours Martin, l’ouvrier spécialisé dans la soudure et rattaché au service entretien et maintenance va être l’un des plus touchés par les dégâts des fibres minérales.

Un masque en papier pour seule protection

Notamment en travaillant sur les moteurs de machines. «  On rechargeait des rotors de moteurs électriques usés. On ne pouvait pas en racheter donc on coupait des bouts de rotor et on rajoutait un bout d’acier qu’on rechargeait. Mais il fallait protéger le moteur. Et pour le protéger, il y avait des plaques d’amiante. Mais à force de s’en servir, ça finissait en poussières et puis elles volaient  », explique le septuagénaire.

Durant vingt-quatre ans, il va faire ce travail et d’autres, avec pour seule protection respiratoire, un masque « en papier ».

En 1993, il va profiter d’un plan de restructuration pour quitter l’usine. Il aurait pu bénéficier d’une retraite bien méritée, mais la maladie va le frapper.

« En 2013, nouvelle alerte, j’avais un deuxième cancer »

«  En 2008, mon médecin traitant a senti que j’avais un râle. J’ai passé une radio, mais on n’y voyait pas bien. Du coup, j’ai passé un scanner. Les médecins ont vu alors que j’avais travaillé dans de l’air confiné. J’ai repassé un scanner de contrôle fin 2008. Et ils ont vu que j’avais une tâche au poumon. Le docteur Bernabeu, pneumologue à Chauny, m’a envoyé tout de suite pour me faire opérer à Marie-Lannelongue au Plessis-Robinson, un centre chirurgical. Ils m’ont enlevé le lobe supérieur du poumon gauche. J’ai perdu la moitié de ma capacité respiratoire. Et en 2013, nouvelle alerte, j’avais un deuxième cancer sur le deuxième lobe. C’était impossible de m’opérer du fait que je n’avais plus assez de capacité respiratoire. Le docteur Bernabeu m’a envoyé à Villejuif à l’institut Gustave-Roussy pour faire de la radiothérapie ciblée.  »

Conséquences de ses maladies, le Beautorois est sous oxygène 24 h/24 et son dernier malaise l’empêche de se déplacer comme il le voudrait. Il utilise au quotidien un déambulateur ou un fauteuil de bureau sur roulettes et se fait aider par sa fille.

Grâce au Fonds d’indemnisation des victimes de l’amiante (FIVA), il a pu toucher 91 000 euros et est reconnu en maladie professionnelle. Il a pu bénéficier aussi de l’aide de la Fédération nationale des accidentés du travail et des handicapées pour faire avancer ses dossiers de pension, obtenir une carte d’invalidité et d’accéder au FIVA.

Suite à la décision de justice, NLMK n’a pas fait appel. Contactée, l’entreprise ne nous a pas répondu dans l’immédiat.

Le FIVA au cœur de la bataille

Parmi les principaux organismes qui viennent en aide aux victimes de l’amiante, il y a notamment le Fonds d’indemnisation aux victimes de l’amiante (FIVA). Dans son rapport annuel, l’organisme indique que sa création répond à un double objectif : assurer l’indemnisation intégrale et simplifier les procédures.

Dans le cadre du Beautorois Joël Hermant, la procédure a duré huit ans, avec de multiples renvois et une mise à l’écart du plaignant. C’est ensuite le FIVA qui a porté ce dossier pour faire reconnaître la faute inexcusable. Un argumentaire basé notamment sur le fait qu’à compter de 1977, différentes réglementations spécifiques à l’amiante sont intervenues par décret ou arrêté pour instaurer une surveillance médicale spécifique, des mesures particulières d’hygiène et un contrôle d’empoussièrement dans les établissements où le personnel est exposé à l’action des poussières d’amiante.

En 2016, 19 682 demandes d’indemnisation ont été déposées auprès du FIVA. 449,8 millions d’euros ont été dédiés aux indemnisations des victimes. Le délai moyen de présentation des décisions d’indemnisation était en 2016 de trois mois et demi.



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